CRATA REPOA Initiations aux anciens mystères des prêtres d'Egypte

 



CRATA REPOA

INITIATIONS AUX ANCIENS  MYSTÈRES 
DES PRÊTRES D’ÉGYPTE



Traduit de l'Allemand et publié par le

F∴ Antoine Bailleul


Publication allemande en 1770 chez von Köppen et von Hymmen
Version française de 1821


Version française de 1821


Préparations

Lorsqu'un Aspirant aux Mystères avait le désir d'entrer dans la société antique et mystérieuse de Crata Repoa, il devait se faire recommander par un des Initiés.

La proposition en était ordinairement faite par le Roi lui même, qui écrivait à cet effet une lettre aux Prêtres.

Ceux-ci adressaient cet Aspirant d'Héliopolis aux doctes de l'Institution à Memphis, de Memphis, on le renvoyait à Thèbes.

Il était circoncis.

On le mettait à un régime particulier, on lui interdisait l'usage de certains aliments, même du vin, jusqu'à ce qu'il ait obtenu, dans un grade supérieur, la permission d'en boire de temps en temps. On l'obligeait à passer plusieurs mois, comme un prisonnier, dans un souterrain, où on l'abandonnait à ses réflexions : il jouissait de la faculté d'écrire ses pensées. Elles étaient ensuite examinées attentivement, et servaient à faire connaître le degré de son intelligence.

Lorsque le temps de quitter le souterrain était arrivé, on le conduisait dans une galerie entourée de colonnes d'Hermès sur lesquelles étaient gravées des sentences qu'on lui faisait apprendre par coeur.

Dés qu'il les savait, un membre de la société ayant le nom de Thesmosphores, s'approchait de lui, tenant un grand fouet à la main, pour contenir le peuple devant la Porte dite des Profanes, par laquelle il introduisait le Récipiendaire dans une grotte.

Là, on lui bandait les yeux, et on lui attachait les mains avec des liens élastiques.


Premier grade : Pastophoris

Le Récipiendaire étant préparé dans la grotte, les Thesmophores le prenait par la main, et le présentait à la Porte des Hommes.

A son arrivée, les Thesmophores touchait sur l'épaule du Pastophoris (l'un des Apprentis précédemment reçu), qui était de garde à l'extérieur et l'invitait à annoncer le Récipiendaire, ce que celui-ci faisait en frappant à la porte d'entrée.

Le Néophyte ayant satisfait aux questions qui lui étaient posées d'abord, la Porte des Hommes s'ouvrait et il était introduit.

L'Hiérophante lui posait de nouvelles questions sur différents sujets. Il devait de même y répondre catégoriquement.

On le faisait ensuite voyager dans l'enceinte de la Birantha, et pendant ce temps, on cherchait à l'effrayer par des éclairs, des coups de tonnerre, et en produisant artificiellement autour de lui les effets de la grêle, de la tempête et de la foudre.

S'il ne s'en laisser pas trop effrayer, et s'il n'était pas trop déconcerté, le Menies, ou lecteur des lois, lui lisait les constitutions de la société de Crata Repoa. Il était obligé de promettre de s'y conformer.

Après cette adhésion, le Thesmosphores le conduisait, tête nue, devant le Hiérophante; il s'agenouillait, on lui mettait la pointe d'un glaive sur la gorge, et on lui faisait prêter le serment de fidélité et de discrétion. Il invoquait le Soleil, La Lune et les astres, pour témoins de sa sincérité.

Cet engagement solennel prononcé, on lui ôtait le bandeau de dessus les yeux et on le plaçait entre deux colonnes carrées, nommées Betilies.

Au milieu de ces deux colonnes était couchées une échelle à sept échelons, et une autre figure allégorique, composée de huit portes de différentes dimensions. Le Hierophante n'expliquait pas d'abord au Récipiendaire le sens mystérieux de ces emblèmes, mais il lui tenait le discours suivant :

" Vous qui venez d'acquérir le droit de m'entendre, je m'adresse à vous : les portes de cette enceinte sont sévèrement fermées aux Profanes qui ne peuvent y pénétrer; mais Vous, Ménès Musée, vous enfant des travaux et des recherches célestes, écoutez ma voix; elle va vous enseigner de grandes vérités. Soyez en garde contre les préjugés et les passions qui pourraient vous éloigner du véritable chemin du bonheur ; fixez vos pensées sur l'Etre divin, ayez le toujours devant les yeux, afin de mieux gouverner vos sens et votre coeur. Si vous voulez marcher dans la vraie route de la félicité, songez que vous êtes sans cesse en présence du Tout Puissant, qui gouverne l'univers. Cet être unique a produit toutes choses; il les conserve et existe par lui même. Aucun mortel ne peut le voir; rien ne peut être soustrait à ses regards"

Après ce discours, on faisait passer l'Apprenti sur les degrés de l'échelle, et on lui indiquait à mesure quel en était le symbole fondé sur la métempsychose.

On lui enseignait aussi que les noms et les attributions des Dieux avaient une tout autre signification que celle que le peuple y attachait.

Ce grade étant consacré à la physique, on lui expliquait les causes des vents, des éclairs, du tonnerre, on y comprenait l'anatomie, l'art de guérir et de composer des médicaments.

C'était également dans ce même grade que l'on enseignait aux Néophytes la langue symbolique et l'écriture vulgaire des hieroglyphes.

La réception finie, l'Hierophante donnait à l'Initié le mot d'ordre à l'aide duquel tous les Initiés se reconnaissaient. Ce mot était Amoun et signifiait Reste discret

Il portait autour du cou un coller dont les bouts tombaient sur la poitrine.

Du reste, il était deshabillé pendant la réception

Il devait garder à son tour la Porte des Hommes.


Second Grade : Néocoris

Si le Pastophoris, pendant l'année de son apprentissage, avait donné des signes d'intelligence, on lui imposait un jeûne sévère, pour le préparer à devenir Néocoris.

Cette année expirée, il était mis dans une chambre obscure, appelée Endimion.

De belles femmes lui servaient des mets délicats pour ranimer ses forces épuisées. C'étaient les épouses des prêtres, et même les vierges consacrées à Diane qui allaient ainsi le visiter. Elles l'excitaient à l'amour par toutes sortes d'agaceries. Il devait triompher de cette épreuve difficile pour prouver le contrôle qu'il avait sur lui-même.

Après l'avoir subie, le Thesmosphores venait à lui, et lui posait diverses questions.

Si le Néocoris y répondait avec justesse, on l'introduisait dans l'Assemblée.

Le Stolista ou Aspergeur jetait de l'eau sur lui pour le purifier, on l'obligeait à affirmer qu'il s'était toujours conduit avec Sagesse et Chasteté.

Après cette déclaration, le Thesmosphores courait vers lui, ayant dans les mains un serpent vivant, qu'il lui jetait sur le corps et retirait ensuite.

Le local paraissait rempli de reptiles, pour tâcher de porter l'effroi dans l'âme du Néocoris.

Plus il se montrait courageux dans cette épreuve, plus il était comblé d'éloges après sa réception.

On le ramenait ensuite vers deux colonnes trés élevées, au milieu desquelles un griffon poussait une roue devant lui.

Ces colonnes signifiaient Orient et Occident. Le griffon était l'emblème du Soleil: et la roue du centre de laquelle partaient quatre rayons, figurait les quatre saisons.

On lui apprenait en même temps l'art de calculer l'hygromètre (qui servait à évaluer les inondations du Nil); on l'introduisait dans la géométrie et l'architecture, et il se familiarisait avec les calculs et les échelles des mesures dont il devait avoir à se servir dans la suite. Mais ceci était un grand secret, qui n'était découvert qu'à ceux qui appartenaient à une secte dont les connaissances étaient bien supérieures à celles de la population.

On lui donnait pour insigne un bâton accolé d'un serpent. Le mot d'Ordre du frade était Eve : à cette occasion, on lui racontait l'histoire de la chute du genre humain.

Croiser les deux bras sur la poitrine, était le signe dont il devait se servir pour se faire reconnaître.

Son emploi était de laver les colonnes.


Troisième Grade : Mélanephoris

L'intelligence et la bonne conduite de Néocoris l'avait rendu digne de ce grade, on le prévenait du moment de sa réception. Il étai conduit par le Thesmosphores dans un vestibule au dessus de l'entrée duquel était écrit Porte de la Mort.

Ce vestibule était rempli de différentes espèces de momies et de cercueils figurés : des dessins analogues en ornaient les murailles. Comme c'était l'endroit où on déposait les morts, le nouveau Mélanephoris y trouvait les Paraskistes et les Heroi qui s'occupaient de leurs travaux. Au milieu était
placé le cercueil d'Osiris, qui, à cause de son assassinat supposé récent, portait encore des traces de sang.

On demandait au nouveau Mélanephoris s'il avait pris part à l'assassinat de son maître. Après sa réponse négative, deux Tapixeystes s'emparaient de lui.

Ils le conduisaient dans une salle où étaient les autres Mélanephoris habillés en noir. Le roi lui mhant ême qui assistait toujours à cette cérémonie, abordait le Récipiendaire avec une apparence gracieuse, et lui présentait une couronne d'or qu'il lui proposait d'accepter, s'il ne se croyait pas assez de courage pour soutenir les épreuves qu'on allait lui faire subir.

Mais, le nouveau Mélanephoris sachant qu'il devait refuser cette couronne la foula aux pieds. 

Aussitôt, le Roi s'écriait "outrage, vengeance et s'emparant de la Hache des Sacrifices en frappait (doucement) le Mélanephoris à la tête

Les deux Tapixeytes renversaient le Récipiendaire; les Paraskistes l'enveloppaient de bandelettes des momies. Pendant cette action, tous les assistants gémissaient autour de lui. On le transportait vers une porte où était écrit : Sanctuaire des Esprits. Au moment où on l'ouvrait, des coups de tonnerre se faisaient entendre, des éclairs brillaient, et le prétendu mort se trouvait entouré de Feu.

Car on s'emparait de lui comme d'un esprit et le descendait chez les juges des sombres bords. Pluton, assis sur son siège, avait à ses côtés Rhadamane et Minos, ainsi qu'Alecton Nicteus, Alaster et Orpheus.

Ce tribunal redoutable lui adressait des questions sévères sur tout le cours de sa vie; enfin, on le condamnait à entrer dans ces grottes souterraines. On le débarrassait ensuite de ses enveloppes et de tout l'appareil mortuaire. Il recevait alors de nouvelles instructions, elles étaient ainsi conçues.

1- n'avoir jamais soif de sang et assister les membres de la société lorsque leur vie est en danger.
2- ne jamais laisser un mort sans sépulture
3- attendre une résurrection des morts et un jugement futur

On l'obligeait, dans ce grade, à s'occuper, pendant un certain temps du dessin et de la peinture, car il entrait dans les fonctions d'un Mélanephoris de décorer les cercueils et les rubans des momies.

Une écriture particulière lui était enseignée, on la nommait Hiero-grammaticule : elle lui devenait d'autant plus utile, que l'histoire d'Egypte, la géographie, les éléments de l'astronomie, étaient tracés dans cette langue.

Il recevait également des leçons de rhétorique, afin de pouvoir prononcer en public les oraisons funèbres.

Le signe de reconnaissance consistait en une embrassade particulière dont l'objet devait exprimer la puissance de la mort ; le mot était Monach Caron mini, signifiant Je compte les jours de la colère.

Le Mélanephoris restait dans ces galeries souterraines jusqu'à ce qu'on pût juger s'il était capable d'avancer dans de plus hautes sciences, ou si l'on ne pourrait faire de lui qu'un Paraskiste ou un Héroi, car il devait y passer le reste de ses jours, s'il n'atteignait pas aux véritables connaissances.


Quatrième Grade : Chistophoris

Le temps de la colère durait ordinairement dix-huit mois. Lorsqu'il était passé, le Thesmosphores venait voir l'Initié, le saluait gracieusement, et l'invitait à le suivre après l'avoir armé d'une épée et d'un bouclier.

Ils parcouraient des galeries sombres. Tout à coup, des hommes masqués sous des figures hideuses, entourés de serpents et ayant des flambeaux à la main, attaquaient l'Initié en criant "Panis".

Le Thesmosphores l'excitait à affronter les dangers et à surmonter tous les obstacles. Il se défendait avec courage, mais il succombait sous le nombre, alors on lui bandait les yeux et on lui passait une corde au cou avec laquelle il était traîné par terre jusqu'à la salle où il devait recevoir un nouveau Grade.

Les ombres s'éloignaient subitement en poussant de nouveaux cris. On le relevait exténué et on l'introduisait, pouvant à peine se soutenir, dans l'assemblée. La Lumière lui était rendue et ses yeux étaient frappés des décorations les plus brillantes. La salle offrait la réunion des plus beaux tableaux. Le Roi lui même siégeait à côté du Démiourgos, Chef inspecteur de la Société.

Au dessous de ces hauts personnages étaient assis le Stolista, le Hierostolista, portant une Plume à sa coiffure, le Zacoris et le Komastris.

Tous portaient l'Alydée (La Vérité)

L'Odos prononçait un discours, dans lequel il félicitait le nouveau Chistophoris pour son courage et pour sa résolution. Il l'invitait à persévérer car celui-ci n'était encore qu'à la moitié des travaux qu'il avait à subir pour fournir complètement ses preuves.

On lui présentait une Coupe remplie d'une boisson très amère et qui s'appelait Cice. Il fallait qu'il la vidât en entier.

On le revêtait de divers ornements. Il recevait le bouclier d'Isis ou celui de Minerve, on lui chaussait les brodequins d'Anubis ou de Mercure et on le couvrait du manteau d'Orci, orné de son capuchon.

On lui ordonnait de se saisir d'un cimeterre qui lui était présenté, de trancher la tête d'un individu qu'il trouverait au fond d'une caverne peu éloignée où il allait pénétrer et de l'apporter au Roi. Au même moment, chaque membre s'écriait : "Niobe, voilà la caverne de l'ennemi".

En y entrant, il apercevait la figure d'une très belle femme. Elle était composée de peaux très fines ou de vessies, et si artistiquement faite, qu'elle semblait être vivante. Le nouveau Chistophoris s'en approchait, la prenait par les cheveux et lui tranchait la tête qu'il présentait au Roi et au Démiourgos.

Après avoir applaudi à son action héroïque, ils lui annonçaient que c'était la tête de la Gorgo (Gorgo, Gorgal et Gorgone, sont les noms egyptiens de Méduse), épouse de Typhon, qu'il avait coupé, laquelle avait occasionnée l'assassinat d'Osiris. On saisissait cette circonstance pour l'engager à être toujours le vengeur du mal. Il recevait ensuite l'autorisation de revêtir de nouveaux habits qu'on lui présentait. Son nom était inscrit dans un livre où se trouvaient ceux de tous les juges du pays. Il jouissait d'un commerce libre avec le Roi et recevait sa nourriture journalière de la cour. On lui remettait avec le code des lois, une décoration qu'il ne pouvait porter qu'à la réception d'un Christophoris, ou seulement dans la ville de Sais. Elle représentait Isis ou Minerve sous la forme
d'un hibou. Cette allégorie lui était ainsi expliquée :

" L'homme, a sa naissance, est aveugle comme le hibou, et il ne devient homme qu'à l'aide de l'expérience et des lumières de la Philosophie".

Le casque signifiait le plus haut degré de la Sagesse; la tête de Gorgo coupée, la répression des passions; le bouclier, la légitime défense contre la calomnie; la colonne, la fermeté; la cruche d'eau, la soif des sciences; le carquois garni de flèches, le pouvoir de l'éloquence; la pique, la persuasion portée au loin, c'est à dire que, par sa réputation, on peut à de grandes distances faire une impression profonde; les branches de palmiers et d'oliviers étaient les symboles de la paix. On lui apprenait, de plus, que le nom du grand législateur était Jan.

Ce nom était aussi le mot d'ordre du grade

Les membres de cette assemblée avaient quelques fois des réunions où des Christophoris seuls pouvaient être admis.

Le Chapitre qu'ils formaient alors s'appelait Pixon (lit de Justice); le mot en usage pour ces tenues était Sasychis (ancien prêtre egyptien). L'Initié devait apprendre la langue amounique, "la langue mystérieuse"; le Récipiendaire ayant parcouru les petits Mystères, qui avaient pour objet de le préparer en l'instruisant dans les sciences humaines, touchait, au moment d'être admis dans les Grands Mystères, à la connaissance de la Doctrine Sacrée, appelée "La Grande Manifestation de la Lumière"; il ne devait bientôt plus y avoir de secrets pour lui.


Cinquième Grade : Balahaze

Le Chistophoris avait le droit de demander ce grade que le Démiourgos ne pouvait lui refuser.

Conduit dans l'endroit où l'assemblée se réunissait d'abord, il était reçu par tous les membres. Ensuite, on l'introduisait dans une autre salle disposée pour une représentation théatrale. Là, il était en quelque sorte seul spectateur, car chacun des membres prenait part à l'action.

Un personnage, appelé Orus, accompagné de plusieurs Balahates portant des flambeaux, marchait dans la salle et semblait chercher quelque chose. Orus tirait son épée au moment d'arriver à la porte d'une caverne d'où sortaient des flammes. Le meurtrier Typhon était au fond, assis et ayant l'air abattu. Orus s'en approchait; Typhon se levait et se montrait sous une apparence effrayante : cent têtes reposaient sur ses épaules ; tout son corps était couvert d'écailles et ses bras avaient une longueur démesurée.

Sans se laisser décourager par cet épouvantable aspect, Orus s'avançait vers le monstre, le terrassait et l'assommait. Après l'avoir décapité, son cadavre était jeté dans la caverne d'où ne cessaient de sortir des torrents de feu et, sans proférer aucune parole, on montrait cette tête hideuse à tous les assistants.

Cette cérémonie se terminait par l'instruction que l'on donnait au nouveau Balahaze et qui renfermait l'explication de cette scène allégorique. On lui apprenait que Typhon signifiait le Feu qui est un des agents les plus terribles et sans lequel cependant rien ne pouvait se faire dans ce monde; qu'Orus était l'emblème du travail et de l'industrie à l'aide desquels l'homme exécute de grandes et utiles entreprises en parvenant à dompter le Feu, à diriger sa puissance et à s'approprier ses effets.

Le Balahaze apprenait dans ce grade la chimie, l'art de décomposer les substances et de combiner les métaux. Il était maître d'assister quand il le voulait aux recherches et aux expériences que l'on faisait dans cette science. C'est par cette raison que le mot d'ordre était Chymia.

Note : le Mot Balahaze est aussi parfois nommé Balahate


 Sixième Grade : L'Astronome devant la Porte des Dieux

Quelques préparations précédaient ce Grade. On commençait par mettre l'initié aux fers en entrant dans la salle.

Le Thesmosphores le conduisait à la Porte de la Mort où il fallait descendre quatre marches, parce que la caverne qui servait pour cette réception était la même où avait eut lieu l'initiation du troisième grade, et qu'elle était alors remplie d'eau pour faire voguer la barque de Caron. Des cercueils placés ça et là frappaient les yeux de l'initié. Il apprenait qu'ils renfermaient les restes d'hommes mis à mort pour avoir trahi la Société. On le menaçait d'un sort pareil s'il lui arrivait de commettre un semblable crime. Il était amener au milieu de l'assemblée pour prêter un nouveau Serment.

Après l'avoir prononcé, on lui expliquait l'histoire de l'origine des dieux, objets de l'adoration du peuple, et à l'aide desquels on amusait et dirigeait sa crédulité ; on lui faisait sentir en même temps la nécessité de conserver le polythéîsme pour le vulgaire. Ensuite, on lui développait les idées qui lui avaient été présentées dans le discours de réception au premier grade sur les éléments de la doctrine d'un seul être qui embrassait tous les temps, présidait à l'Unité, à l'admirable régularité du système de l'Univers, et qui par sa nature était au dessus de la compréhension de l'esprit humain.

Ce grade était consacré à enseigner au Néophyte les connaissances pratiques de l'astronomie. Il était obligé d'assister la nuit aux observations et de concourir aux travaux qu'elles exigeaient.

On avait soin de l'avertir d'être en garde contre les astrologues et les tireurs d'horoscopes car les regardant comme les auteurs de l'idôlatrie et de la superstition, la société mystérieuse les avait en aversion.

Ces faux docteurs du peuple avaient choisi le mot Phoenix pour leur mot d'ordre, mot que les astronomes tournaient en dérision.

Après la réception, on conduisait l'initié vers la Porte des Dieux et on l'introduisait dans le Panthéon. Il y voyaient tous les dieux représentés par de magnifiques peintures.

Le Demiourgos lui en retraçait de nouveau l'histoire sans rien lui cacher. On lui mettait sous les yeux la liste de tous les Chefs-inspecteurs, dans l'Ordre chronologique où ils avaient existé, ainsi que le tableau de tous les membres de la société répandus sur la surface du globe.

On lui apprenait aussi la danse des prêtres dont les pas figuraient le cours des astres. Le mot d'Ordre était Ibis, qui signifiait Grue, et était le Symbole de la Vigilance.


Septième Grade : Saphenath Pancah

Ce grade était le dernier et le plus éminent. On y donnait une explication détaillée et plus complète de tous les Mystères.

L'astronome ne pouvait obtenir ce grade, qui complétait son aptitude à toutes les fonctions, même publiques et politiques, sans l'assentiment du Roi et du Démiourgos, et même sans le consentement général des membres intérieurs de la Société.

Cette réception était suivie d'une procession publique à laquelle on donnait le nom de Pamylach ( c'est à dire "oris circumcisio", circoncision de la langue; il semble que c'est une expression figurative par laquelle on voulait dire que le Néophyte, ayant acquis toutes les connaissances que l'on pouvait lui donner, sa langue était déliée et qu'il lui était permis de parler de tout). On y exposait à la vue du peuple tous les objets sacrés.

La procession finie, les membres de la Société sortaient clandestinement de la ville pendant la nuit, se rendaient à un lieu voisin, et se réunissaient dans des maisons carrées composées de plusieurs appartements ornés de peintures admirables représentant la vie humaine. les initiés étaient en commerce particulier avec les mânes des trépassés. Elles étaient ornées d'un grand nombre de colonnes entre lesquelles étaient des cercueils et des sphinx. En y arrivant, on présentait au nouveau Prophète un breuvage nommé Oimellas et on lui disait qu'il était parvenu au terme de toutes les épreuves.

Il recevait ensuite une croix dont la signification était particulière et connue des seules initiés. Il était obligé de l'avoir constamment sur lui. On lui passait une très belle robe blanche rayée, fort ample, qu'on appelait Etangi. On lui rasait la tête et la coiffure qu'il portait était de forme carrée.

Son signe principal se faisait en portant les mains croisées dans ses manches qui étaient très larges.

Il avait la permission de lire tous les livres mystérieux écrits dans la langue amounique, et dont on lui donnait la clef, qu'on appelait la Poutre Royale.

La plus grande prérogative attribuée à ce dernier grade était de contribuer à l'élection d'un Roi.

Le mot d'ordre était Adon. Le nouveau Prophète pouvait aussi, après un certain temps, parvenir aux emplois dans la Société et même à celui de Démiourgos. 

 - Le Demiourgos est le Chef-Inspecteur de la Société. Il portait une robe bleu ciel, parsemée d'étoiles brodées et une ceinture jaune. Il avait à son coup un saphir entouré de brillant et suspendu à une chaîne d'or. Il était aussi Juge Suprême de tous les pays.

- L'Hiérophante était habillé à peu près de même et portait une Croix sur la poitrine.

- Le Stolista était chargé de la purification du candidat par l'eau et portait une robe blanche rayée et une chaussure d'une forme particulière. En outre, il gardait le vestiaire.

- L'Hiérostolista avait une plume à sa coiffure et tenait à sa main un vase de forme cylindrique appelé Canonicon qui contenait l'encre pour écrire.

- Le Thesmosphores était chargé de diriger et d'introduire les initiés.

- Le Zacorb était le trésorier

- Le Komastis préparait les banquets et avait sous ses ordres tous les Pastophores.

- L'Odos était orateur et chanteur.

Avant de se mettre à Table, tous les membres étaient obligés de se laver. On ne leur permettait pas le vin : ils ne pouvaient que faire l'usage d'une boisson qui ressemblait à notre bière moderne.

On promenait autour de la table un squelette d'homme ou un sarcophage pendant que l'Odos entonnait le Maneros, hymne qui commençait ainsi : " O mort, viens à l'heure convenable". Tous les membres faisaient chorus.

Le repas fini, chacun se retirait, les uns allaient vaquer à leurs occupations, les autres se livraient à la méditation, la plupart, selon l'heure goûtaient aux délices du sommeil, à l'exception de ceux dont s'était le tour de veiller pour introduire par la Porte des Dieux les Initiés du Sixième Grade qui devaient faire les observations célestes. Ceux là étaient obligés de passer la nuit entière et de diriger les travaux astronomiques.



LE MIROIR ALCHIMIQUE

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